Comment parvenir au libre accès à la connaissance ? Que faire?

Cette question posée par un chercheur sur la liste de discussion « accesouvert » me permet de revenir en arrière et de faire un rappel sur le libre accès tel qu’il s’est développé depuis plus de 20 ans, ainsi que sur ma propre expérience.

En 2001, j’ai publié un article dans le bulletin de liaison de l’INRA, la revue INRA mensuel , un article de sensibilisation au libre accès par les archives ouvertes. Cet article était sans doute un des tous premiers publiés en France sur ce sujet. Partager et utiliser des connaissances scientifiques : de la responsabilité individuelle à la responsabilité collective. http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00493624 . Voici des extraits de ma conclusion :

Que faire ?

Ces mots célèbres de Lénine au moment la révolution russe, nous renvoient à une autre révolution dans les sciences : les Archives Ouvertes ou OAI […] Nous sommes dans une période de transition : les articles en ligne voisinent avec les articles sur papier et la documentation gratuite avec la documentation payante. Aujourd’hui les OAI n’assurent pas une meilleure distribution de l’information que celle donnée par les sources traditionnelles. Mais il faut prendre conscience que nous avons la possibilité, oserais-je dire le devoir, de bâtir désormais, avec tous les autres chercheurs un réseau de distribution gratuite de la connaissance universelle […]

Ces mots écrits, il y a 14 ans avec la terminologie de l’époque sont toujours d’actualité et me permettent de développer les possibilités d’actions pour ceux qui s’interrogent comment faire pour parvenir au libre accès en 2014.

Ce n’est pas par un naïf enthousiasme que j’ai défendu dès 2001 les archives ouvertes. J’avais comme beaucoup, pensé dès 1995, que les périodiques en LA étaient la solution et avais tenté, aidée par Jean-Claude Guédon, de proposer cette solution à mon institut de recherche l’INRA. Mais je me suis rendue compte au bout de 5 années d’efforts que je ne maîtrisais pas la donne de la transformation des périodiques INRA en périodiques LA, alors que les archives ouvertes naissantes étaient un moyen à ma portée. Je pouvais les défendre et être active, tout comme chaque chercheur peut le faire partout dans le monde. [1]

 Les 2 voies

L’initiative de Budapest en 2002 a officialisé les 2 voies possibles : la publication dans des revues en LA et l’autoarchivage des publications. En 2007, la terminologie pour ces 2 voies est devenue respectivement Gold et Green. Mais rappelons que ce sont les éditeurs qui décident du Gold et que ce sont les auteurs, donc les chercheurs qui décident du Green.

Si la recherche du Gold a favorisé jusqu’à présent le développement du payement par l’auteur (contestable et contesté) quelques modèles économiques raisonnables (fair gold )  tentent de trouver leur place aussi. On les trouvera parmi la liste des différents modèles économiques de périodiques Open Access de OAD Simmons. http://oad.simmons.edu/oadwiki/OA_journal_business_models

Des chercheurs dans différentes disciplines continuent à proposer des idées sur des revirements économiques qui sont nécessaires pour la publication scientifique mais le passage à l’acte d’abord dans une microsphère, puis ensuite l’éventuelle généralisation à d’autres disciplines, ainsi qu’à l’international restent problématiques et demandent beaucoup de temps.

Rappelons aussi qu’on peut (et on doit) s’insurger contre le coût des abonnements, les pièges du « big deal », les défauts du « peer-review », l’utilisation du facteur d’impact, les copyrights défaillants, etc. mais que ce sont des problèmes indépendants de la recherche du LA.

La voie verte d’abord et le modèle de Liège avec le mandat

La proposition subversive a 20 ans https://en.wikipedia.org/wiki/Subversive_Proposal Une logique s’impose : la voie verte avec le système de publication actuel (et tous ses défauts) est bien la voie la plus rapide et c’est la voie de transition.

Le Modèle de Liège avec le mandat est incontestablement une réussite et un exemple à suivre car c’est ainsi que on peut atteindre rapidement 80 à 100% de remplissage d’une archive. Voir :  http://www.lettresnumeriques.be/2013/12/06/lopen-access-a-lulg-un-modele-qui-fait-ses-preuves/ et http://www.berlin9.org/bm~doc/berlin9-rentier.pdf

Il faut ajouter un autre modèle de réussite quasiment identique : celui de Minho.

Voir : Gargouri, Yassine, Larivière, Vincent and Harnad, Stevan (2013) Ten-year Analysis of University of Minho Green OA Self-Archiving Mandate. In, Rodrigues, Eloy, Swan, Alma and Baptista, Ana Alice (eds.) Ten-year Anniversary of University of Minho RepositóriUM. , TBA.  http://eprints.soton.ac.uk/358882/

Réponses aux craintes sur l’auto-archivage en général

En dépit de ces succès incontestables les critiques pour l’auto-archivage sont nombreuses. Stevan Harnad au fil des années a collecté les craintes et a donné des réponses. Voir les FAQ :  « I-worry-about… » 38 prima facie concerns (subgrouped thematically): http://www.eprints.org/openaccess/self-faq/

A ces peurs s’ajoutent, entre autres, la contestation du droit à mandater, la méfiance pour le contenu, la méconnaissance des moyens de recherche utilisés par les chercheurs pour retrouver des articles, qu’ils soient en Libre Accès ou non.

Réponses aux critiques de la politique forte du mandat

Voici un extrait de réponse de Bernard Rentier dans son message sur la liste « accesouvert » du 29/09/2014 :

« L’autoritarisme de ma politique n’a été nécessaire que peu de temps: celui qu’il a fallu pour que les chercheurs liégeois se rendent compte à quel point leurs articles en accès ouvert sont plus lus. Et ils s’en sont rendu compte par l’augmentation significative des citations de leurs articles (2 à 3 fois plus, en moyenne, mais il faut tenir compte qu’il y a, là-dedans, des articles qui ne sont jamais cités). Depuis lors, plus besoin de bâton, la carotte suffit. L’obligation de déposer persiste, mais plus personne ne s’en plaint. »

Réponses aux critiques sur la qualité du contenu

Certains chercheurs disent que les archives ouvertes « c’est bon pour les pays pauvres » mais eux préfèrent ne pas utiliser le contenu des archives. S’ils pensent avoir tout à leur disposition et rapidement, il est normal qu’ils évitent d’utiliser ce qu’ils considèrent  comme la « seconde zone » mais ils doivent s’appliquer à mettre en archives ouvertes pour tous ceux qui en ont besoin, riches ou pauvres, des versions propres de leurs articles, dès acceptation. Qui peut souscrire aux 24 000 abonnements scientifiques qui existent dans le monde ?

Rappel sur la façon dont on recherche un article en 2014

Il n’est pas besoin d’aller rechercher l’information en LA d’une archive à une autre. Elle vient automatiquement avec toutes les autres. L’OAI a justement permis d’éviter de butiner les archives les unes après les autres et aujourd’hui des moteurs de recherche comme Google Scholar par exemple, vous présenteront lors de votre recherche des articles libres d’accès et des articles non libres. Bien évidemment vous choisirez les articles en accès libres, surtout si vous n’êtes pas sur votre lieu de travail qui seul vous assure un accès aux abonnements payants. Bernard Rentier dit dans son message déjà cité ci-dessus « Un article dans ORBi est 18 fois plus téléchargé s’il est en accès ouvert que s’il est en accès restreint (en période d’embargo ou si l’auteur l’exige). »

La place du Gold

Pour comprendre que le Gold n’est pas rejeté  par ceux qui défendent l’autoarchivage et le mandat, il faut lire la théorie de l’évolution de Stevan Harnad : le vert d’abord et le doré viendra par mutation, ensuite. 

Harnad, Stevan (2013) The Postgutenberg Open Access Journal (revised). In, Cope, B and Phillips, A (eds.) The Future of the Academic Journal (2nd edition). 2nd edition of book , Chandos. http://eprints.soton.ac.uk/353991/

Conclusion

En conclusion de ce billet je redis encore bien fort ce que j’écrivais, il y a 14 ans : les archives ouvertes sont la solution à privilégier dans un premier temps même si « aujourd’hui les OAI n’assurent pas une meilleure distribution de l’information que celle donnée par les sources traditionnelles ».

Il faut prendre conscience que nous avons la possibilité, oserais-je dire le devoir, de bâtir de cette façon (et même avec toutes ses imperfections) un réseau de distribution gratuite de la connaissance universelle.


 

[1] Pour en savoir plus « The Open Access Interview : Hélène Bosc  http://poynder.blogspot.fr/2009/03/open-access-interviews-helene-bosc.html

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La nouvelle politique du Libre Accès des HEFCE/REF : comment ça marche

Une politique nationale pour le Libre Accès au Royaume Uni.

Les Higher Education Funding Councils ( HEFCE) du Royaume Uni  viennent d’annoncer leur nouvelle politique de financement de la recherche liant l’évaluation et le Libre Accès http://www.hefce.ac.uk/pubs/year/2014/201407/

Les HEFCE distribuent de grandes sommes d’argent à 130 universités. L’attribution des fonds par ces organismes de financement est basée sur une évaluation qui a lieu environ tous les 6 ans  et qui concerne tous les organismes de l’enseignement supérieur. Il s’agit du Research Excellence Framework (REF).

L’évaluation se fait essentiellement sur l’examen de 4 publications proposées par chaque chercheur évalué.

La nouvelle politique se résume ainsi : tout article de recherche ou acte de conférence accepté après le 1er avril 2016 qui ne suivra pas la politique de Libre Accès demandé par les HEFCE ne sera pas retenu pour l’évaluation.

Cette politique est la  politique pratiquée depuis 2008 à l’Université de Liège qui en a tiré beaucoup de bénéfices. Voir la vidéo à http://www.ulg.ac.be/cms/c_1331184/fr/orbi-ulg

Cette obligation de  dépôt liée à l’évaluation  va permettre la mise en  place d’un LA pour au moins 80 % de la production des chercheurs du RU, d’ici 2016.

Cela veut dire que la recherche du Royaume Uni sera la plus visible au monde, d’ici peu.

Les articles des chercheurs vont donc bénéficier dans un premier temps du « competitive advantage » C’est l’avantage des articles en LA d’être plus facilement accessibles que ceux qui ne le sont pas. Ils sont plus lus et donc plus cités. Cet avantage va disparaître au fur et à mesure que les autres pays rejoindront le libre accès et que ce dernier atteindra 100%. http://eprints.soton.ac.uk/266616/

Cette politique n’est pas un coup de force : une consultation demandant l’avis des chercheurs sur la politique proposée a été menée pendant toute l’année 2013 et il y a eu 460 répondants. Stevan Harnad qui a toujours milité pour le libre accès par le mandat et a recommandé la politique de Liège était un des contributeurs. Il a fait la contribution suivante : http://eprints.soton.ac.uk/349893/ et en français: http://www.mesrst.gouv.qc.ca/fileadmin/administration/librairies/documents/Contributions_courriel_facebook/02-2013_-_Stevan_Harnad_-_Recommandation_au_ministre_quebecois_de_lenseignement_superieur.pdf

Quelques précisions

La politique ne s’applique pas aux monographies, aux chapitres d’ouvrage, ni aux données.

Le dernier document accepté doit être déposé dès acceptation  dans une archive institutionnelle ou une archive partagée par plusieurs institutions (comme HAL) ou une archive thématique (comme ArXiv ou Pubmed Central).

Enfin et surtout le dépôt immédiat est obligatoire, mais l’accès peut être différé si une période d’embargo est demandée par le copyright qui a été signé. L’article peut être mis en accès clos mais les métadonnées doivent apparaître immédiatement.

Grâce à la visibilité des métadonnées, une archive qui met en place le « Bouton » permet aux chercheurs de demander et d’envoyer un TAP, d’une manière tout à fait légale. Et c’est presque du Libre Accès :

Sale, A., Couture, M., Rodrigues, E., Carr, L. and Harnad, S. (2014) Open Access Mandates and the « Fair Dealing » Button. In:Dynamic Fair Dealing: Creating Canadian Culture Online (Rosemary J. Coombe & Darren Wershler, Eds.)

Quel impact en France ?

Nous savons que beaucoup d’institutions hésitent encore à prendre exemple sur la politique de Liège, même si l’INRIA vient d’adopter cette politique. L’ Europe  a exigé une mise en LA des recherches qu’elle finance dans le cadre de HORIZON 2020 et les institutions se réfugient  derrière cette politique à long terme.

Mais suite à l’annonce du HEFCE, l’Agence nationale la recherche, l’ANR qui finance un certain pourcentage des recherches françaises ne devrait pas tarder à se montrer plus ferme dans son exigence de Libre Accès  pour les recherches qu’elle subventionne. Rappelons que déjà depuis mai 2013, le Fonds de la Recherche Scientifique en Belgique, le FNR/FNRS , a mis en place un mandat pour les recherches qu’il finance.

Il est évident que l’implémentation du  « Bouton » sera la clé de la réussite du Libre Accès en France. Ce bouton permet  à ceux qui craignent des brèches dans le copyright d’oser une politique d’obligation.

Chaque archive institutionnelle qui utilise le logiciel Eprints ou DSpace  bénéficie du module « Bouton »intégré.

Le CCSD dit depuis de nombreuses années qu’il réfléchit sur son implantation dans l’archive  HAL. Il devra  le proposer rapidement.

La politique de portée nationale exigée par les HEFCE pour le Libre Accès devrait permettre aux institutions françaises  de vaincre leurs réticences. La France peut rejoindre  le Royaume Uni dès 2016 pour donner le Libre Accès à 80 % de ses recherches.

Hélène Bosc

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Mandat + Fair Dealing Button = Légalité + Efficacité

Récemment des discussions se sont engagées sur la liste « Accesouvert » sur les avantages des réseaux sociaux tel Academia.edu. La compétition de la visibilité entre ces réseaux et les archives ouvertes telles Hal a été discutée, mais je ne me souviens pas que la question de la légalité des dépôts sur ces réseaux ait été abordée (j’entends la question de la légalité du dépôt fait par l’auteur lui même ). Un compte rendu d’une journée d’étude consacrée aux pratiques de ces réseaux sociaux  a été mis en ligne  sur http://rumor.hypotheses.org/3390  «  Les réseaux sociaux scientifiques, la visibilité et l’open access »,  et ici aussi la question n’est pas ressortie, me semble t’il. Toutefois, l’auteur du billet, Eric Verdeil, dans sa conclusion, parle  de légitimité de HAL et on peut penser que derrière légitimité il y a aussi la notion de légalité. Il dit :

« Par contre, je reste persuadé de la légitimité de Hal dans son rôle d’infrastructure centrale de développement du Green Open Access, et de la nécessité à continuer à inciter les chercheurs à l’utiliser pour le dépôt plutôt que ces sites opaque et mal conçus pour cela…. »

Premier coup de semonce des éditeurs  : Elsevier vient de demander à Academia.edu de retirer les articles de plusieurs chercheurs. http://svpow.com/2013/12/06/elsevier-is-taking-down-papers-from-academia-edu/

Il est intéressant de noter que la traque des « fautifs » et ces demandes de retrait avec leur suivi, coûtent de l’argent à Elsevier et on peut facilement penser que ce sera répercuté sur le prix des abonnements. L’un des chercheurs concerné par la demande de retrait s’explique : http://chronicle.com/blogs/wiredcampus/posting-your-latest-article-you-might-have-to-take-it-down/48865. Il conclut en disant qu’il ne publiera plus chez Elsevier. Combien le suivront ? Qui est puni ?

Il y a beaucoup de périodiques chez Elsevier qui attirent les chercheurs pour leur couverture adéquate aux recherches menées et pour leur réputation (pour ne pas parler de FI). Faut-il se priver systématiquement de publier dans ces revues, si on ne trouve pas l’équivalent chez des éditeurs « plus méritants » et  sachant que d’autres continueront à le faire ?

Je rappelle que quel que soit l’éditeur choisi, il y a toujours le moyen de mettre dès à présent, en libre accès ses articles (en attendant l’âge d’or du fair gold) : les chercheurs peuvent continuer à publier dans leurs revues favorites mais ils doivent auto-archiver dans leur archive institutionnelle sans avoir peur des mots  comme « systématique » et « pas de mandat » qui sont indiqués par exemple, dans le copyright Elsevier qu’ils signent. Que veut dire « systématique » et comment prouver qu’il y a « obligation » ? Un chercheur peut avoir auto-archivé de son plein gré, même si l’institution a un mandat. De plus, l’institution n’a rien à voir dans le contrat qui est signé entre l’auteur avec l’éditeur. Voir l’analyse  détaillée faite par Stevan Harnad du flou juridique des termes du contrat Elsevier. http://www.mail-archive.com/goal@eprints.org/msg09564.html

Et surtout  ne pas oublier le Fair Dealing Button  que l’on peut implémenter dans une archive institutionnelle avec Eprint et DSpace qui permet « un presque LA » en toute légalité et un remplissage rapide des archives avec un mandat. http://eprints.soton.ac.uk/268511/

Hélène Bosc
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Un hommage à Stevan Harnad

L’université de Liège a mis en ligne une  vidéo (très courte) pour rendre hommage à Stevan Harnad : https://www.ulg.ac.be/cms/c_3443111/en/stevan-harnad-il-a-ouvert-la-voie . On y explique  comment ce chercheur en cognition a eu l’idée de la révolution possible dans la communication scientifique grâce à Internet (Usenet), dès les années 80 et comment il a lancé en 1994 la « Proposition subversive ». Il s’agissait d’un appel à mettre en libre accès immédiat  toute littérature contrôlée par les pairs, pour un meilleur accès aux connaissances.

En pratique, maintenant, il s’agit d’utiliser la voie verte que Stevan Harnad a tracée pendant 20 ans. Le recteur Bernard Rentier qui a suivi cette voie et a propulsé l’université de Liège en tête de ce mouvement, invite les universités à prendre le même chemin rapidement.


Hélène Bosc

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Le Libre Accès pour les nuls (Billet N°4)

Histoire et état des lieux de la Voie Verte

Pour le workshop sur les voies équitables du Libre Accès qui s’est tenu à l’ ESPCI, à Paris le 7 novembre 2013 http://blog.espci.fr/openaccess/ , il m’a été demandé de faire l’historique et l’état des lieux de la voie verte.

Stevan Harnad a lancé la « Proposition Subversive » en 1994 et je lui rends hommage pour ces 20 années de combats menés pour une visibilité immédiate des travaux des chercheurs et sans barrière d’argent.

J’ai vu se développer le Libre Accès et la Voie Verte, grâce aux informations collectées pendant plus de 16 ans, sur à la liste American Scientist Open Access Forum créée par Stevan Harnad en septembre 1998 et à laquelle je me suis inscrite dès le premier jour. Je continue à m’informer des progrès faits dans le monde pour le Libre Accès en lisant les messages de la liste de discussion GOAL qui a pris la suite, fin 2011. http://mailman.ecs.soton.ac.uk/mailman/listinfo/goal

Ma présentation ne peut pas rendre compte de l’énergie hors du commun mise par Stevan Harnad pour défendre une idée juste et logique comme celle du Libre Accès aux publications des chercheurs mais j’espère qu’elle permet d’entrevoir la finesse des stratégies employées depuis 20 ans pour parvenir à changer la communication scientifique dans le monde.

Hélène Bosc


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Le Libre Accès pour les nuls (Billet N°3)

Que déposer dans une archive ouverte?

 Le libre accès a pour but premier, de donner accès à toute la littérature scientifique qui se trouve dans tous les périodiques avec peer review du monde et à laquelle la majorité des chercheurs n’a pas accès. Donc, il s’agit de déposer le « double » d‘un article publié : c’est la dernière version d’un article accepté (contrôlé par les pairs). Comme c’est une version qui appartient encore à l’auteur, on parle de « post-print d’auteur » pour bien faire la différence avec le « post-print » qui peut appartenir à l’éditeur.
D’autres dépôts peuvent être envisagés (thèses, rapports, etc.) ainsi que des pre-prints (articles avant acceptation) mais c’est secondaire.
Enfin et surtout, il ne s’agit pas de remplir les cases des métadonnées d’un article sans mettre le texte intégral!

Quand déposer ?

 Il faut déposer immédiatement après acceptation. Suivant le statut de la publication, son accès peut être immédiatement libre ou différé après une période d’embargo. L’article peut rester en accès clos à l’intérieur de l’archive pendant le temps requis. Comme les métadonnées sont visibles, il est possible aux chercheurs grâce à un module (Fair Dealing Button) de recevoir des demandes de TAP et de les envoyer. Voir les explications à http://eprints.ecs.soton.ac.uk/18511)

Où déposer ?

 En France nous avons une archive centrale HAL, d’une excellente qualité qui peut éviter bien des soucis à toutes les universités qui ne veulent pas se lancer seules dans la gestion d’une archive. Le dépôt des articles se fait dans HAL qui vous restitue « votre bien » sous forme de portail personnalisé.

Mais si votre organisme peut s’investir dans le libre accès, une archive institutionnelle est la meilleure solution car l’autonomie permet un aboutissement plus rapide de tous les projets. Il est évident que la teneur de cette archive insitutionnelle doit être reversée dans HAL, même s’il y a pour l’instant des difficultés techniques. Il est plus facile aux responsables de gérer une archive institutionnelle. Ils peuvent s’appuyer sur le modèle de Liège pour obtenir rapidement, grâce un mandat, des publications archivées à 100%. L’autonomie est aussi d’un point de vue technique : on peut par exemple mettre en place le Fair Dealing Button qui n’existe pas encore dans HAL.

Il ne s’agit pas de perdre du temps et de l’argent en faisant faire et en improvisant un logiciel. E-prints et Dspace sont 2 logiciels libres qui ont été créés en 2000 et ils ont fait leurs preuves. Ce sont les deux logiciels les plus utilisés dans le monde. De ce fait on peut trouver un support permanent grâce aux équipes qui les ont mis au point (University of Southampton) et à la communauté des utilisateurs. Pour E-prints voir http://www.eprints.org/.Il y a un tutorial très efficace pour tous les usagers potentiels. Voir à http://www.eprints.org/software/training/. Enfin et surtout il y a une évolution et amélioration constante des versions, au fur et à mesure des besoins et techniques. Pour DSpace voir :http://www.dspace.org/

Il ne faut pas dire systématiquement, qu’une archive institutionnelle coûterait cher : cela doit être étudié par rapport à ce qu’on peut faire dans son université et ce qu’on attend d’une archive…
Pour avoir une idée des coûts voir le message de Leslie Carr à Southampton, concernant une archive sous E-prints, en 2007: http://listserver.sigmaxi.org/sc/wa.exe?A2=ind07&L=american-scientist-open-access-forum&D=1&O=D&F=l&S=&P=115723

Le calcul doit se faire aussi en termes du coût par item déposé : plus on dépose, moins ça coûte par article. En calculant les frais d’une archive institutionnelle il faut tenir compte aussi que l’archive a plusieurs fonctions, l’OA n’en est qu’une.

Hélène Bosc

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Green et Gold : les chercheurs français, main dans la main pour le libre accès

Sur la liste de diffusion « accesouvert » dédiée au libre accès aux publications scientifiques https://groupes.renater.fr/sympa/info/accesouvert, le même jour, à la même minute, deux événements importants ont été annoncés concernant le libre accès doré et le libre accès vert. Ceci révèle la concertation des chercheurs de différents secteurs de recherche, pour la reprise en main de la diffusion de leurs travaux et en cherchant la voie la plus appropriée à leur discipline.


Un pas sur la route des publications dorées en SHS

Il ya eu l’annonce de la publication d’une tribune dans le journal le Monde “Qui a peur de l’open access ? Arguments pour l’accès ouverts aux résultats de la recherche scientifique” que chaque universitaire est invité à signer sur le site http://iloveopenaccess.org/
C’est une requête pour un changement profond de la diffusion des publications des chercheurs en sciences humaines et sociales en France .On y demande l’étude de nouveaux systèmes de publication, ouverts et libre d’accès à tous, comme ceux qu’on peut déjà trouver ailleurs dans le monde. Il s’agit d’en finir avec un système archaïque et fermé de diffusion qui ne convient plus à l’ère du web.

Un autre pas vers la route Verte : l’auto-archivage obligatoire pour les chercheurs de l’INRIA

L’institut de recherche en Informatique et automatique( INRIA) a annoncé une obligation (un mandat) de dépôts des publications des chercheurs dans HAL , sur le modèle de ce qui se fait à l’université de Liège depuis 2008. Voici un extrait d’un message du PDG de l’Inria Michel Cosnard destiné aux responsables d’équipes de recherche en date du 18 février 2013 :

« Dépôt des publications dans HAL :
Après en avoir débattu en Comité de direction de l’Institut, je souhaite que l’intégralité de notre production scientifique publique soit disponible sur l’archive ouverte HAL, je vous demande donc de déposer systématiquement les publications des membres de vos équipes-projets dans HAL et je prends les mesures d’accompagnement suivantes :

  1. dès octobre 2013, seules les publications déposées dans HAL seront prises en compte dans les fiches de synthèse rédigées par les équipes-projet qui sont remises aux experts dans nos séminaires d’évaluation,
  2. dès novembre 2013, seules les publications déposées dans HAL seront prises en compte dans les rapports d’activité annuels (RAweb),
  3. les thèses préparées au sein de nos équipes-projets devront elles aussi être systématiquement déposées dans une archive ouverte ».

Gageons qu’après une telle décision, les résistances vont tomber et comme des pions de domino, les unes après les autres. Les universités et les instituts de recherche seront tous progressivement entraînés.


La France va pouvoir jouer un rôle de leader dans le monde pour le Libre Accès en diffusant ses travaux rapidement par l’auto-archivage et en cherchant le meilleur modèle de publication pour les SHS.

Hélène Bosc

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Le Libre Accès pour les nuls ( Billet N°2)

Pourquoi auto-archiver ?

Pour être vu, mais aussi pour mieux voir.
Un chercheur gagne une visibilité accrue de ses travaux qui pourront être réutilisés plus facilement par les autres. Voir : « The effect of open access and downloads (‘hits’) on citation impact: a bibliography of studies » de Steve Steve Hitchcock http://opcit.eprints.org/oacitation-biblio.html.


Mais un chercheur peut aussi gagner des idées nouvelles en lisant des travaux dans une sphère d’étude différente de la sienne. La toile lui permet d’avoir plus facilement un « déclic », devant une publication ressortie par hasard, parfois même dans une autre discipline. Voir à ce sujet, la partie N°3 de la thèse de Hans Dillaerts, p.208 . Troisième partie :« libre accès », « Accès sans barrière », vecteur de la créativité, de la pluridisciplinarité et de l’interdisciplinarité ? …. http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00768432

La visibilité accrue vient aussi de ce que les barrières des langues tombent. Voici 2 exemples :
Quand j’ai commencé à déposer dans notre archive en 2003, les premières publications des chercheurs du laboratoire de Physiologie de la Reproduction et des Comportements à l’INRA, un chercheur m’a demandé de mettre sa contribution en langue espagnole faite au cours d’un colloque en Amérique latine. Encore peu habituée aux possibilités de diffusion mondiale des archives OAI, j’ai été sceptique sur la portée de cette publication qui n’était pas en anglais. Quelle n’a pas été ma surprise quand j’ai vu que c’était elle qui était la plus lue de toutes les publications qui se trouvaient dans l’archive : les téléchargements venaient de tous les pays hispanophones du monde.

Et voici aussi ce qu’écrit le recteur Bernard Rentier dans un courriel du 1er février adressé à la liste de discussion « accesouvert » : « En particulier, nous observons que les articles présents dans ORBi qui sont les plus téléchargés se situent dans le domaine des sciences humaines et en français. Il est regrettable que leur accès ne soit pas favorisé au maximum. »
Les chercheurs du monde, ont tous des capacités à lire des langues étrangères différentes et ils peuvent trouver ce qui les intéresse parmi les publications auto-archivées, alors qu’il est évident que leurs bibliothèques ne peuvent pas souscrire un abonnement à tous les périodiques du monde, publiés dans toutes les langues du monde.

Hélène Bosc

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Le Libre Accès pour les nuls , suivant le titre d’une collection bien connue. (Billet N°1)

Voici ce qu’on peut lire dans un certain nombre de témoignages de chercheurs questionnés sur l’auto-archivage et cités dans un billet récent : «Je ne veux pas … », «J’ai entendu dire… » « un truc… » , « votre truc … » «Je vois pas l’intérêt … »
Alors j’ai pensé que faire un guide-découverte de l’auto-archivage et des archives ouvertes pour tous ceux qui ont « entendu dire» que c’est « un truc sans intérêt » ne serait pas inutile !

Qu’est ce qu’est l’auto-archivage?

On peut auto-archiver différents types de documents. Mais ce qui importe pour le Libre Accès par la voie verte,  c’est de déposer la dernière version d’un article contrôlé et accepté par les pairs . Cet article déposé dès acceptation, est le « double » de ce qui va être publié et  il appartient à l’auteur. On l’appelle le post-print d’auteur (opposé au post-print de l’éditeur).

Du simple fait de ce dépôt, toutes les métadonnées deviennent visibles pour tous. Suivant le statut de l’article (c’est-à-dire suivant le contrat de cession des droits d’auteur signé), son accès peut être immédiatement libre ou différé après une période d’embargo. L’article peut rester en accès clos à l’intérieur de l’archive pendant le temps requis. Les chercheurs intéressés peuvent demander un tiré-à-part d’une manière automatisée, grâce à un module adaptable à l’archive et mis en place à l’« Electronics and Computer Science » (ECS) de l’université de Southampton nommé « Fair Dealing Button » (SALE et al, 2012) http://eprints.ecs.soton.ac.uk/18511. La réponse à la demande pourra être faite par le chercheur d’une manière toute aussi automatisée, par envoi de l’article par messagerie. Rappelons que les éditeurs (publishers) n’ont aucun droit de regard ou de contrôle sur les dépôts mis en accès clos dans l’archive.

Hélène Bosc

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Pourquoi ce titre pour mon blog ?

En 2006, l’organisme EuroScience organisait à Munich sa réunion bisannuelle ESOF http://www.euroscience.org/esof.html, réunissant ainsi plus de 2000 chercheurs européens. Pierre Baruch, professeur émérite de physique à l’université de Paris 7 et moi-même en tant que coordonatrice du groupe de travail Euroscience « Scientific Publishing/ Open access », avons pu organiser un mini-colloque pour expliquer le Libre Accès vert (encore bien mal connu) aux chercheurs présents à l’ ESOF.

Les intervenants que nous avions invités étaient : Alma Swan, Stevan Harnad, Eberhard Hilf, et Eloy Rodrigues.

A l’occasion de ce rassemblement, les organisateurs de l’ESOF ont ouvert un concours de poésie en langue anglaise, française et allemande.
Le poème de Stevan Harnad, « Publish or Perish », a gagné le prix de poésie en langue anglaise. Voir :
http://eprints.soton.ac.uk/262862/1/publish-or-perish.html
Voir la version illustrée en bande dessinée avec traduction française à :
http://users.ecs.soton.ac.uk/harnad/Temp/publier-ou-perir.pdf
Voir aussi sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=Oh4HTCEBMDc


Mon poème ci-dessous, n’a pas été primé, mais je n’en rougis pas : c’est la profession de foi qui animera mon blog.

Libre Accès, j’écris ton nom !

Troisième millénaire, nouveau siècle des lumières,
Apprend aux hommes de science
Ce qu’ils n’ont pas encore deviné :
Après Diderot, Voltaire et d’Alembert
Une nouvelle révolution s’est levée.
Liberté ! Egalité ! Ces deux mots qu’en France
Tout citoyen depuis longtemps connaît,
Internet, dans le monde, pourra les propager.
Le Web le rappelle : la science est sans frontière,
Pays riches et pays pauvres doivent maintenant la partager.
Chercheurs, unissez vous ! Mettez vous à l’ouvrage !
Pour le progrès des sciences, des Archives doivent fleurir.
Tissez rapidement la toile de l’auto-archivage
Et vos idées dans ce canevas pourront enfin mûrir

Hélène Bosc, 21 juillet 2006, ESOF Munich.

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